Eco-pâturages, ruches sur rooftop, poulaillers au boulot, fermes verticales en sous-sol ou dans des friches, qui a dit qu’il fallait aller à la campagne pour se mettre au vert ? Face à l’urbanisation de la société, ce concept qui a germé petit à petit pour réintroduire la nature en ville, rencontre aujourd’hui un engouement sans précédent et surtout en région parisienne ! Sensibiliser la population aux problématiques agricoles et à la nécessité d’avoir une alimentation saine sont les enjeux principaux de ces fermes. Mais qu’en est-il vraiment de ce marché en pleine expansion ?

Au vu de l’appauvrissement des sols et de la réduction des terrains disponibles, l’optimisation des surfaces s’impose ! La FAO considère elle-même “le développement de l’agriculture urbaine comme l’une des clés de la survie alimentaire de l’Humanité”. C’est pourquoi, Julien Denormandie, ministre de la ville et du logement, a ainsi annoncé en février 2020, la volonté de créer 100 fermes urbaines dites “cités fertiles”, dispersées dans des quartiers très urbanisés et considérés comme “prioritaires”. Un budget de 71 millions d’euros est consacré à l’effort national : celui de “viser la très haute performance et l’innovation environnementale pour le renouvellement urbain entre 2014 et 2024”.

La ferme urbaine, un concept qui s’inscrit dans le temps !

À l’heure où la transition écologique est un défi urgent à relever, les fermes urbaines s’imposent, par nécessité. Les citadins s’organisent alors en conséquence. Selon la FAO (organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture), l’agriculture urbaine et périurbaine “consiste à cultiver des plantes et à élever des animaux à l’intérieur et aux alentours des villes.” Une de ses particularités est donc l’exploitation d’espaces disponibles qui peuvent sembler hostiles à la biodiversité de prime abord.

Partant de ce constat, le Centre ressource du développement durable (Cerdd) distingue six types différents de fermes urbaines.
Les fermes périurbaines, tout d’abord, sont celles qui se rapprochent le plus de l’agriculture classique, mais se situent aux abord des grandes villes, créant deux espaces en liens directs entre eux et dont l’activité a réellement fonction de production et sert à l’alimentation des grandes villes avoisinantes. Si l’agriculture périurbaine a reculé jusque dans les années 90 en conséquence du rachat de terres agricoles par des promoteurs immobiliers et de l’urbanisation, elles reviennent aujourd’hui peu à peu.

Si l’on pénètre cette fois dans les centre-villes, on rencontre également diverses formes de cultures en ville. Celle que l’on appelle l’agriculture non professionnelle collective, se construit par le biais de résidents volontaires ou par une association et profite des espaces disponibles en centre-ville (terrains vagues, jardins publics, terrains municipaux ou privés…) pour créer un espace ouvert à tous où l’on puisse cultiver fleurs, fruits et légumes… En plus de permettre aux urbains un contact avec la culture des plantes, ces “jardins familiaux” ont aussi une portée éducative et de loisirs.

Il arrive que ces interstices urbains se mettent aussi au service d’une cause sociale de réinsertion par le travail manuel de la terre ou de sensibilisation à l’écologie et à la biodiversité. On parle alors d’agriculture professionnelle sociale et solidaire.

Du côté de nos amis les bêtes, impossible bien sûr d’ambitionner en ville l’aménagement d’un élevage ou d’un pâturage classique de bovins, destiné à la production de viande. On trouve cependant quelques moyens pour introduire les animaux en ville sur des plus petits espaces, via l’installation de ruches ou de poulaillers dans des jardins d’entreprises de plus en plus fréquent, l’éco pâturage en ville, un moyen de tondre le gazon sans émettre de pollution etc, appelée agriculture servicielle. 

Probablement alors, que l’avenir de l’agriculture urbaine se situe dans la dernière catégorie, celle de l’agriculture ayant une finalité de production. Mais comment faire pour espérer nourrir les villes avec si peu de place et donc de sol et de soleil ? Même en agriculture, les techniques évoluent et s’adaptent à l’high-tech. À Lyon par exemple, c’est le défi dans lequel s’est lancée la start-up FUL (Ferme Urbaine de Lyon) en 2016. L’objectif est de faire pousser des légumes en culture hors sol, dans des bâtiments ou des caves dans lesquels les plantes ne bénéficient d’aucune lumière du jour. Les techniques utilisées sont multiples : “le convoyage vertical, le climat artificiel, la gestion des fluides, la nutrition végétale, d’énergie, de lumière artificielle permettant de produire en abondance et tout au long de l’année les produits extra-frais de qualité sur des sols non agricoles, en mobilisant peu de surface, peu d’eau et avec une ingénierie écoresponsable”. Cette technique se nomme l’hydroponie et les résultats sont très satisfaisants puisque la productivité serait multipliée par dix, par rapport à une agriculture classique. Vous savez désormais comment reconvertir vos caves !

Face à tous ces projets fous de fermes urbaines, les métropoles se mettent au diapason !

Les avantages de ces espaces.

Les fermes urbaines pourraient représenter une véritable alternative pour l’approvisionnement des villes en denrées alimentaires. L’objectif étant de réduire la distance entre les fermes urbaines et le consommateur. Une consommation locale en circuit court pour les habitants de la ville. En outre, cette activité représente une sécurité alimentaire pour la population.

La réduction des déchets en ville : la proximité de ces espaces verts permet de rapprocher les consommateurs des sources d’aliments. Ce qui réduit considérablement les déchets causés par le stockage et le transport. Pour les habitants ayant une ferme urbaine à proximité, il est tout à fait possible de récolter les fruits et légumes, ce qui évite leur transport sur de longues distances. L’agriculture urbaine donne donc aux habitants le choix de consommer un aliment frais et de connaître son mode de production.

Grâce aux fermes urbaines, les habitants peuvent éviter l’application de pesticides sur leurs produits pour une agriculture plus saine et bio. Ce type de procédé donne lieu à des produits plus nutritifs et savoureux.

Très souvent, les zones urbanisées sont en manque de verdure ou leurs espaces sont inoccupés. L’agriculture urbaine permet de maintenir la biodiversité et réguler le microclimat.

L’agriculture urbaine n’est pas qu’une activité économique. Elle trouve aussi une dimension sociale.  En effet, la contribution des habitants à ces espaces aménagés renforce les liens sociaux. Les fermes urbaines sont des lieux de partage, d’apprentissage et de convivialité. A Dinan, dans les Côtes-d’Armor, un mini-verger associatif vient de voir le jour au pied d’un lotissement HLM. Pas question de remplir les assiettes des résidents, seulement l’ambition de créer du lien entre les habitants et, surtout, de les reconnecter à la nature.

Conscient qu’une alimentation déséquilibrée entraîne bien souvent des problèmes de santé et selon une étude publiée dans la prestigieuse revue médicale « The Lancet », un décès sur cinq dans le monde est associé à une mauvaise alimentation. Les jardins associatifs et autres micro-fermes à vocation sociale prendraient ainsi toute leur part dans la lutte contre le diabète et les maladies cardiovasculaires en réintroduisant plus de fruits et légumes dans l’alimentation quotidienne des citadins.

Où les trouver ?
Il existe de multiples fermes urbaines au sein de l’Ile-de-France !
– La ferme urbaine la plus grande en toiture au monde : la Ferme sur le toit du Parc des Expositions. Suivant des normes biologiques et responsables, cette ferme de 14 000 m2 fait louer à nos chers Parisiens des lopins de terre pour cultiver fruits et légumes.
– La ferme urbaine Peas & Love sur le toit d’un hôtel dans le quartier Grenelle de Paris.- La ferme parisienne, le Jardin 21, dans le Parc de la Villette et à la lisière de Pantin : grand potager composé d’arbres fruitiers, aromatiques, de fruits et de légumes. Cette ferme propose tout particulièrement des ateliers de jardinage et rencontres aux pratiques éco-responsables. A noter, que cette ferme est également un lieu sollicité pour ses concerts acoustiques, ses marchés de producteurs locaux et ses “repairs cafés”.  

Un marché de plus en plus sollicité et en cours de structuration.

La France compte à peu près 400 fermes urbaines dont une trentaine rien qu’en Région Parisienne et ça n’est que le début...

Les fermes urbaines, initiateur d’emploi ?

L’émergence des fermes urbaines dans nos villes ont apporté de nouveaux métiers : les agriculteurs urbains.
En effet, plus les fermes urbaines augmentent, plus le besoin en professionnels se fait ressentir. Des professionnels supervisant les espaces aménagés et accompagnant les urbains. Selon Aristide Obatebba, responsable des recrutements de Agricool, « les urbains ont aussi le droit de consommer sain et local, et de plus en plus de personnes ont conscience des enjeux écologiques. Les consommateurs sont passionnés par notre mission. La demande va forcément être croissante ». Nombreuses sont les startups, particuliers et associations s’intéressant à ce marché. D’après la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), ce système fournira de la nourriture à un quart de la population urbaine mondiale. Ce qui devrait évoluer considérablement d’ici l’année 2030.

La création de nouveaux services connexes.

Focus sur le Parc des Expositions de la porte de Versailles, à Paris. En plus de la vente des produits maraîchers aux distributeurs du coin et à des hôtels-restaurants partenaires situés au pied du parc, la ferme parisienne XXL proposera à la location 140 mini-jardins, sur lesquels les Parisiens pourront cultiver leur potager contre monnaie sonnante et trébuchante. Une serre événementielle sera aussi mise en location pour les séminaires d’entreprise et des visites du site sont également au programme. « Toutes ces prestations représenteront à terme 30 % de notre chiffre d’affaires », prévoit Pascal Hardy, président de Nature urbaine et promoteur du site. D’autres fermes, faute de pouvoir être rentables grâce à leur seule production, misent sur les services afin d’équilibrer les comptes.

Les modèles économiques sont nombreux. Sur le toit du siège social de Sodexo, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), poussent des fruits et des légumes. Ici, pas d’ambition productive. Seulement une question d’image dans l’espoir de « stimuler durablement l’implication et le bien-être des employés », comme le dit le site Internet de l’entreprise. « Les fermes urbaines tâtonnent, elles se cherchent, observe Xavier Hollandts, professeur associé à Kedge Business School et spécialiste des questions agricoles. Leur essor montre néanmoins ce désir qu’ont les urbains de voir du vert et de revenir vers les circuits courts. »

Même si le modèle économique des fermes urbaines n’est pas encore totalement établi, il est certain qu’elles privilégient le développement de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique en favorisant les circuits courts mais qu’elles représentent surtout une source de plaisir et de bien-être aux citadins en manque de nature ! Qu’attendez-vous pour essayer ?